Louise
il y a 8 mois

Les 5 moteurs à l’allumage des nouvelles mobilités urbaines

Les nouvelles mobilités urbaines suivent inévitablement la courbe traditionnelle de diffusion de l’innovation. Malgré l’attention médiatique qu’elles suscitent, et d’importantes disparités selon les usages, les villes et les pays, l’autopartage, le covoiturage ou les mobilités douces n’en sont encore globalement qu’au stade des « early adopters ». Pourtant, la voiture individuelle semble à terme condamnée dans des centres-villes asphyxiés, où elle sera supplantée par d’autres façons de se déplacer, plus économiques, plus écologiques et plus agréables. Cinq facteurs vont se conjuguer pour que l’on passe d’usages restreints à une adoption de masse, et leur montée en puissance concomitante suggère que ce basculement pourrait intervenir beaucoup plus rapidement que prévu.

Le premier facteur est démographique et ses effets se font déjà ressentir. Il s’agit du renouvellement des générations de citadins au profit des « digital natives ». Rompus aux nouveaux usages numériques, sensibles à la commodité et à la qualité de l’expérience, peu attachés à la symbolique de la voiture, valorisant davantage l’utilisation que la possession, ceux-ci sont à la fois la première cible et les ambassadeurs naturels des nouveaux modes de déplacement. Mécaniquement, ils vont rapidement en faire augmenter le nombre d’utilisateurs et donc accroître leur place et leur visibilité dans la ville.

Le deuxième facteur est l’implication des pouvoirs publics et des autorités locales. Par leurs choix en matière d’aménagement et de réglementation, ceux-ci ont la capacité à accélérer de façon décisive ou, au contraire, de freiner sévèrement l’émergence des nouvelles mobilités. De nombreuses villes ont cependant compris que le mouvement était inexorable et que leur capacité à organiser la mobilité constituait un atout majeur de qualité de vie et d’attractivité, en dépit de certaines réticences initiales. Un point à surveiller sera la coordination entre les différents échelons décisionnels en matière de transport ainsi que l’harmonisation des politiques en faveur des diverses formes de mobilité car il est essentiel d’offrir aux usagers un cadre lisible et des intermodalités pratiques.

Le troisième facteur clé a été un des leitmotivs de l’hiver : il s’agit de la pollution. Les nombreux pics enregistrés récemment sont moins dus à de circonstances météorologiques rares qu’à une saturation désormais chronique des atmosphères urbaines, largement causée par les transports motorisés. La question s’est maintenant déplacée sur le terrain de la santé publique et il est probable que l’on passe bientôt de mesures d’exception (circulation alternée) à des mesures permanentes (fermeture des centres-villes, renforcement des normes techniques). Ce contexte réglementaire et, par ricochet, économique très défavorable aux véhicules individuels ne peut qu’encourager les solutions alternatives.

Quatrième facteur, pour lequel les pouvoirs publics peuvent aussi jouer un rôle important : la communication. Les services sont encore trop méconnus, les termes sujets à confusion, les conditions opaques… Tous les acteurs doivent se rapprocher du public, le sensibiliser et l’éduquer aux nouveaux usages. Les opérateurs, en particulier, doivent simplifier et clarifier leurs offres pour en accroître la commodité et en faire un réflexe. Les premiers retours d’expérience et un mouvement déjà engagé de consolidation devraient contribuer à cette nécessaire décantation.

Enfin, dernier facteur, à un horizon un peu plus lointain mais qui approche à grands pas, l’arrivée des véhicules autonomes. Qu’il s’agisse de robotaxis ou de navettes, on estime qu’ils pourraient envahir les villes d’ici 8 à 10 ans, et offrir une option supplémentaire de mobilité alliant confort, disponibilité et rapidité. De l’avis des spécialistes, l’obstacle réside moins aujourd’hui dans la technologie que dans la préparation de tout l’écosystème à ce bouleversement sans précédent : réglementation, voirie, filières économiques et, surtout, mentalités. Mais cette révolution inéluctable plantera sans aucun doute le dernier clou dans le cercueil de la possession d’une voiture en ville. Conjuguée aux autres facteurs déjà à l’œuvre, elle permettra aux nouvelles mobilités urbaines d’atteindre une masse critique d’usagers, laquelle démultipliera l’essor des réseaux et des services, ce qui abattra le dernier argument de la voiture individuelle : être certain de disposer d’un moyen de transport quand on veut, pour aller où l’on veut.